Challine : Recherches sur Chartres

Siège de Chartres par les Huguenots en 1568. (Fonds SAEL du Musée des Beaux-Arts, cliché MBA).
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PRÉFACE DE CHALLINE

J’ai fait dessein de rechercher les antiquités de la ville de Chartres, c’est pourquoi je donne à mon ouvrage le titre de Recherches, celui d’Histoire étant trop glorieux pour un livre qui ne m’a coûté qu’un peu de peine.
Ce n’est pas qu’il n’y ait fort longtemps que je travaille à faire amas des matières qui doivent servir à l’accomplissement de mon entreprise. En effet, depuis que j’ai pris goût à la lecture des livres, pour n’être pas tout à fait étranger à mon pays et par divertissement, j’ai toujours pris soin de remarquer et de noter tout ce qui avait trait à la ville de Chartres, à son église, ses évêques, ses comtes, ses habitants, et généralement à toutes les choses mémorables qui les concernent.[…]

[…] Me J.-B. Souchet, chanoine de la cathédrale et prieur de Morancez, a beaucoup travaillé à notre histoire. En effet il pouvait facilement réussir à ce dessein, car outre qu’il avait toujours été très curieux et qu’il était très laborieux, ayant succédé à Me Guillaume Laisné, prieur de Mondonville, qui avait vu les anciens titres des principales maisons de la province, les titres et chartes de toutes les églises du pays, les registres de la Chambre des Comptes et de la Chambre du Trésor à Paris, dont il avait tiré d’amples extraits, on peut dire qu’il avait un très grand fonds de matières et une capacité propre à faire une histoire accomplie de la ville de Chartres et de tout le pays chartrain. Il avait mis avant sa mort la dernière main à son ouvrage, l’avait lui-même copié, et il se trouvait en état d’être imprimé ; mais, étant mort subitement, la plupart de ses papiers ont été dispersés, le chapitre de Chartres a réclamé son Histoire et en à eu original ou la copie, et l’un ou l’autre est demeuré à l’exécuteur de son testament ou à ses héritiers qui en ont disposé comme ils ont voulu, privant les uns et les autres : l’auteur de la gloire que méritait son travail, la postérité du fruit qu’elle en eût pu recueillir.[…]

[…] Tous ces mémoires avaient été communiqués à Rouillard et depuis m’ont été mis entre les mains, avec quelques autres petits traités latins et français dus à feu Me Pierre Laigneau, notaire royal à Chartres, homme curieux qui s’est fait connaître au pays par divers cantiques spirituels sur la naissance de N.-S. Jésus-Christ, qu’autrefois il a donnés au public. J’ai aussi rencontré divers autres anciens catalogues manuscrits des évêques de Chartres dont je me suis servi, comme de celui que Me Charles de Villiers, docteur en théologie de la Faculté de Paris, a fait imprimer avec les œuvres de Fulbert en 1608, dont les auteurs sont inconnus.

Après toutes ces honnêtes personnes, j’entreprends de contribuer en quelque chose à la gloire de mon pays en mettant pat écrit et par ordre les remarques que j’ai faites, durant plus de quarante ans, de quantité de choses qui ont été omises par ceux qui, avant moi, ont travaillé à la même recherche. Je sais bien que je ne puis pas avoir remarqué tout ce qui pourrait servir à l’accomplissement parfait de mon dessein ; mais, de même que ceux qui m’ont précédé ont omis beaucoup de choses que j’ai ajoutées à leurs observations, je suis assuré que ceux qui viendront après moi pourront encore faire de nouvelles additions aux miennes, le temps découvrant toujours quelque chose de nouveau, par le soin qu’on aura à l’avenir de rechercher et de faire imprimer d’anciens manuscrits qui peuvent ne pas être venus à ma connaissance.[…]

[…] Dans la première partie je traiterai de son origine, de son antiquité, de ses fondateurs, de sa situation, de son étendue, de son histoire, de son gouvernement, de ceux qui l’ont gouvernée, de ses habitants, de leurs mœurs, de leur police, de leur religion, de leurs actions, et terminerai par un riche et curieux traité sur l’état des Druides, matière dépendant de mon sujet et qui ne peut être séparée de la recherche des antiquités de la ville de Chartres.

Dans la seconde partie, qui aura ses divisions, je ferai voir comment la ville de Chartres est devenue chrétienne et a eu connaissance qu’une vierge devait enfanter Jésus-Christ sauveur du monde ; comment, après la naissance de ce divin Messie, son évangile y a été prêché, le nom de ceux qui les premiers l’y ont publié ; le progrès qu’il a fait en un pays déjà prédisposé à le recevoir, l’établissement de son église, les divers accroissements qu’elle a reçus, la construction de son temple, ses incendies, sa réédification en l’état où nous le voyons à présent et sa description, la manière dont il est servi, les offices qui s’y célèbrent, les cérémonies qui y sont observées, le trésor, les précieuses reliques et les autres choses anciennes et curieuses qui s‘y trouvent conservées.

Je parlerai après des chanoines, de leur chapitre, des diverses dignités dont il est orné, de tous les autres officiers de cette magnifique église, de sa musique, de l’ordre des divins offices qui s’y célèbrent, des cérémonies qui s’y observent, de ses droits, de ses privilèges et de tous ses avantages, sans omettre de traiter de ses vidames.
Ensuite je m’occuperai de ses évêques, en dresserai le catalogue, remarquant ce qu’ils ont fait de mémorable, de l’étendue de leur diocèse, de leurs droits et privilèges.

Enfin viendra la description des autres églises de la ville et de la banlieue, des paroisses, abbayes, couvents de religieux mendiants et autres, des monastères de religieuses, sans oublier tout ce qui concerne l’état et la police ecclésiastiques.

De là je passerai à l’étude du gouvernement temporel, traiterai de nos comtes, de nos ducs et de toutes les autres sortes de magistrats qui ont gouverné et gouvernent encore notre ville, de tous les faits mémorables qui s’y sont passés, des hommes illustres qui l’ont habitée et de tous ceux qui l’ont honorée par leurs écrits ou par les belles actions qu’ils y ont accomplies.

Il ne faut point douter que l’on ne puisse trouver en ces Recherches beaucoup de choses légères et peut-être plusieurs inutiles, mais j’ai pensé qu’il valait mieux pécher en cela que d’omettre des choses qu’on y pourrait désirer, qu’il valait mieux dire trop que trop peu, les goûts étant différents, les uns prenant plaisir à une chose, les autres à une autre. […]

 

Yves Evêque de Chartres Château Comtal Frontispice de Rouillard

 

 

Rech. sur Chartres

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Challine Charles Recherches sur Chartres, transcrites et annotées par un arrière-petit-neveu de l’auteur (1596-1678)

Cette réédition est complétée de notes renvoyant à des travaux récents. Référence précieuse pour l’histoire des idées, l’ouvrage s’est patiné avec le temps : ce « classique » à le charme familier des récits qu’on se plait à relire.

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