Le système métrique

Mètre étalon à Paris.
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Marc BOUYSSOU

DE L’UTILITÉ DU SYSTÈME MÉTRIQUE

Avant la Révolution française, le système des poids et mesures était, en France et en Europe, d’une complexité extrême, variant d’une région à l’autre, voire d’un village à l’autre. Même pour les contemporains, il était difficile de s’y retrouver.

Vers 1763, le rédacteur de l’Inventaire de tous les titres et papiers qui composent les archives du Grand Séminaire de Chartres a cru bon de donner quelques explications aux futurs gestionnaires qui auraient arpent et septier, muid et boisseau.

« De la mesure du terrain.

La mesure de la terre se compte dans ces pays par arpent et par septier.
L’arpent de terre labourable dans les cantons de la province où on le compte à cette mesure, est composé de cent perches de vingt et un pieds huit pouces mesure de Roy ou bien, ce qui revient au même de vingt pieds de chacun treize pouces qu’on appelle pied de perche.
L’arpent se subdivise en deux demi arpens ; trois tiers d’arpent, quatre quartiers ; et huit demi quartiers.
Le septier de terre labourable dans les cantons où l’on compte à cette mesure est composé de quatre vingt perches et subdivisé en deux mines ou quatre minots. En douze boisseaux dans les païs où il en faut trois au minot qui est l’usage le plus fréquent et en huit boisseaux dans les païs où il n’en faut que deux au minot ; le minot se subdivise donc en deux ou bien trois boisseaux suivant les païs, mais partout il est encore subdivisé en douze cartes ou parties égalles.
Il y a des endroits qu’on appelle pays de commune renommée où le septier n’a point de mesure certaine, et d’autres où il est de cent et six vingt perches et quelquefois de plus.
L’arpent de pré est de même que celui de la terre labourable et cette sorte d’héritages non plus que les biens ne se compte guères par septiers.
L’arpent de vigne se compte de même cent perches et se subdivise en deux demi arpents, en quatre quartiers, en huit demi quartiers et douze denrées ou maillées et en seize quarts.
Suivant l’ordonnance des eaux et forêts de 1669, les bois de Roy et de gens de mains mortes doivent être mesurés à l’arpent, l’arpent être de cent perches et la perche de vingt deux pieds de Roy.

De la mesure générale des grains.

Les grains comme le bled, seigle, orge, avoine, vesce, etc. se mesurent par muid, septier, mine, minot, boisseaux, quarts.
Le muid est composé de douze septiers, le septier de douze mines ou quatre minots, le minot de deux boisseaux ou douze carts.
La mesure des orges, avoines, pois, vesces, fèves, lentilles, compris sous le nom générique de marre ou menus grains est ordinairement plus grande que celle du bled.
Le bled se vend communément au septier, excepté en certains marchés où il se vend au sac, mais le sac varie et est différent du septier ; et partout les menus grains se vendent au minot.

De la qualité des blés les plus usités.
On distingue le bled sous différentes qualités.

1° Le froment, dont il y a de deux sortes, le meilleur et le froment marchand qui diffèrent assez communément d’environ vingt sols par septier. Dans l’une et l’autre qualité il ne doit point y avoir de seigle.
2° En bled champart dans lequel il ne doit y avoir que très peu de seigle comme un grain sur une poignée, car si cela alloit à quatre grains sur une poignée, il cesseroit d’être champart.
3° En bled méteil metoyen dans lequel il peut y avoir un quart de seigle contre trois quarts de froment.
4° En bled méteil dans lequel il peut y avoir à peu près moitié froment, moitié seigle1. »

Récapitulons :
Mesures agraires (région chartraine).

1 pied de Roi = 12 pouces = 0, 324 839 mètre.
1 pouce = 12 lignes  = 0, 027 070 mètre.
1 perche linéaire = 21 pieds 8 pouces de Roi  = 20 pieds de perche de 13 pouces
1 perche carrée = 7, 0382 mètres.
   = 49,54 centiares.
1 arpent = 100 perches carrées  = 0, 4954 hectares.
1 quartier  = 0, 1238 ha.
1 septier = 80 perches = 2 mines = 4 minots = 12 cartes  = 0, 39632 ha.
= 12 boisseaux (3 boisseaux au minot) ; [1 boisseau = 3, 3026 ares].
= 8 boisseaux (2 boisseaux au minot) ; [1 boisseau = 4,9540 a.].
1 mine  = 19, 816 ares.
1 carte  = 85, 56 ca.

Mesures des grains (mesure de Chartres).

1 muid = 12 septiers  = 12, 24 hectolitres.
1 septier = 2 mines  = 4 minots = 1, 27 hl.
1 minot = 2 boisseaux = 12 quarts = 31, 65 litres.
1 boisseau  = 15, 82 l.

La mesure des menus grains est ordinairement plus grande comme le rappelle le texte. Le minot de Chartres est ainsi de 31, 65 l. pour le froment et de 34, 3 l. pour l’avoine.

La lecture d’un tel document laisse entrevoir les difficultés quotidiennes des paysans et des marchands qui devaient jongler entre les pieds de perche et les pieds de Roi, des mesures différentes selon les lieux et selon la marchandise mesurée, ou estimer un septier « qui n’a point de mesure certaine ».

En 1790, l’Assemblée nationale constituante adopta un projet d’unification des poids et mesures. Le système métrique fut adopté par l’Assemblée nationale le 18 germinal an III (7 avril 1795) et légalisé en 1801, mais il ne devint obligatoire qu’à partir du 1er janvier 1840, ce qui incita à la publication, en 1843, des Anciennes mesures d’Eure-et-Loir2.

[1] Archives départementales d’Eure-et-Loir (AD 28), G 2921, pp. 3-5.
[2] A. BENOIT, Anciennes mesures d’Eure-et-Loir, Garnier, Chartres, 1843. Une rapide synthèse a été publiée par la Société archéologique d’Eure-et-Loir dans Histoire locale Beauce et Perche, n° 1, octobre 1960, pp. 31-32 ; n° 2, janvier 1961, pp. 30-31 ; n° 3, avril 1961, pp. 42-44.

 

Minot de Chartres, étalon en bronze, construit en l’année 1283, conservé au Musée de Chartres (cl. Beauce et Perche n° 3, SAEL, 1961).

Usage des nouvelles mesures.

 

1-kilogramme.

Mètre étalon à Paris.

 

 

Marc Bouyssou : « De l’utilité du système métrique », in Bulletin SAEL NS 89, 2016.

 

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