Navigateurs d’Eure-et-Loir, XVIIIe et XIXe s.

Expédition de Lapérouse. La Boussole. Brest, 1785. "Port de Brest".

DES EURÉLIENS DANS LES GRANDES EXPÉDITIONS FRANÇAISES DES XVIIIe ET XIXe SIÈCLES

 

Avec Suffren et Lapérouse

Cinq Euréliens figurent dans l’expédition de Lapérouse : sur la Boussole, Pierre Guéry, d’Aunay-sous-Auneau ; sur l’Astrolabe, Ange Laborde de Boutervilliers et Édouard Laborde de Marchainville, fils du marquis de Laborde, de La Ferté-Vidame, accompagnés de leur domestique Jean-Louis Droux, ainsi que Simon Lavo, de Germignonville. Ce dernier a déjà servi sous Suffren.

Recherche

L’établissement de l’identité exacte et de la biographie de Pierre Guéry, demandé par l’Association Salomon avec le relais de l’Association Lapérouse Albi, a été effectué par Jean Paul Lelu ; la découverte de l’origine beauceronne, l’étude de la jeunesse et de la carrière de Simon Lavo par Alain Denizet. Ces travaux invitaient à préciser le cas particulier des fils du marquis de Laborde, dont la présence sur l’Astrolabe était connue. En avril 2005, ces recherches furent communiquées à l’Association Salomon avant le départ de l’expédition de fouilles sous-marines et de recherches menées par la Marine nationale sous la direction d’Alain Conan, président de cette Association, via le Bulletin n° 84 de la Société Archéologique d’Eure-et-Loir, préfacé par Michel Laffon, secrétaire général de l’Association Lapérouse.

L’expédition ayant confirmé que le bâtiment disparu corps et biens était la Boussole et que le groupe de survivants ayant vécu quelque temps à Vanikoro avant d’en repartir sur une embarcation de fortune vers une destination inconnue provenait de l’équipage de l’Astrolabe, on se remit au travail, espérant du nouveau sur Pierre Guéry et Simon Lavo. Jean Paul Lelu compléta son étude de la famille et de la descendance de Guéry, tandis qu’Alain Denizet approfondissait la première carrière de Lavo avec Suffren.
En avril 2006, Jean Guillou, de l’Association Salomon, qui avait eu connaissance de notre Bulletin n° 84, nous signalait une source bibliographique mentionnant la possible survie de Simon Lavo dans un archipel du Pacifique et nous annonçait sa prochaine exploration de cette région… Alain Denizet et Jean Guillou confrontèrent cette source aux éléments historiques et aux témoignages locaux. Nous publions les comptes-rendus de Jean Guillou (complétés en Annexe).

Texte

Sauf dans les citations où l’orthographe, la syntaxe et la ponctuation originales sont conservées, les toponymes sont orthographiés suivant l’usage actuel. Aux cartes modernes des itinéraires de Suffren et de Lapérouse, on a ajouté les relevés actuels et anciens des zones du naufrage et de l’errance supposée de certains survivants.

Sur la Méduse

Trois Euréliens figurent sur la Méduse dans la mission au Sénégal de 1816: Gervais Daniel Dupont (Pierres, Maintenon), Valéry Tousche-Lavillette (Chartres), Charles Marie Brédif (Châteaudun). Dupont est un ancien des campagnes de Guadeloupe, campagnes auxquelles aurait dû prendre part un quatrième Eurélien, le sergent Lancelin, de Saint-Piat, mort en mer en 1794. On doit ajouter deux hommes qui séjournèrent dans le département ou s’y intéressèrent, Désiré Schmaltz et Alexandre Corréard. On a tenté de représenter leur odyssée sur mer et sur terre, de la zone de l’échouement à Saint-Louis du Sénégal.

Désiré Schmaltz, Alexandre Corréard, Valéry Tousche Lavillette
Pour Julien-Désiré Schmaltz, gouverneur du Sénégal en 1816-1817 et survivant du « grand canot », pour Alexandre Corréard, ingénieur-géographe de la mission et rescapé du radeau, ainsi que pour le sergent Valéry Tousche-Lavillette, charpentier, également rescapé du radeau, dont nous ne disposons pas de mémoires, seule une biographie succincte est présentée. Celle de Tousche-Lavillette est complétée par sa nécrologie dans l’Annuaire d’Eure-et-Loir et dans l’Astrologue de la Beauce et du Perche, celle de Corréard par une étude d’Yves Legrand (Annexe).
Pour Schmaltz, nous renvoyons à notre article sur le collège royal militaire de Thiron (voir Bibliographie).


Gervais Daniel Dupont 
La biographie, les Mémoires (rédigés entre 1792 et 1843) et notes du capitaine Dupont, rescapé du radeau, ont été établis par l’un de ses petits-neveux, Eugène Lecœur, et publiés en 1904 par la Société Archéologique d’Eure-et-Loir.

Le texte
Notre réédition des Mémoires, de la Correspondance et de certaines Notes reprend le texte établi, présenté et annoté par E. Lecœur, avec ses titres et la mention des dates, Les errata sont corrigés. La seconde partie a été confrontée au manuscrit du « Voyage en Afrique par terre et par mer en 1816 », mis à la disposition de la SAEL par son actuelle propriétaire. Dans cette partie, le chapitre I trouve un titre, le II est fragmenté pour former, à partir du sauvetage, le chapitre III (1-3) et la « Description du Sénégal » devient le chapitre IV (1-3). La Correspondance est entièrement regroupée à la suite des Mémoires. La ponctuation est revue, les erreurs orthographiques signalées entre parenthèses. Les archaïsmes sont maintenus car ils révèlent l’état de la langue enseignée à l’auteur et l’évolution de ses connaissances. Les toponymes et les patronymes erronés, également maintenus, sont suivis du terme exact entre crochets. Des cartes de ses campagnes, de sa captivité et de son odyssée sont dressées. Aux éléments biographiques sont ajoutées (Annexe) les nécrologies de l’Annuaire d’Eure-et-Loir et de L’Astrologue de la Beauce et du Perche ; les éléments bibliographiques s’insèrent dans la Bibliographie générale. Le collège de Chartres et l’École centrale d’Eure-et-Loir, où Dupont (comme Lavillette et Brédif) étudia, sont évoqués en Annexe.

Charles Marie Brédif
L’établissement de la biographie de Charles Marie Brédif, survivant de la chaloupe, du texte de son Journal et de ses Lettres de voyage doit tout à Marie Brédif et Geneviève Fichou, descendantes indirectes de Charles Marie Brédif, Informées de notre projet, elles mirent à notre disposition leurs archives familiales et la biographie de la famille rédigée par un de ses membres éminents, Louis Cattois. Les périodes casteldunoise et savoisienne ont été précisées grâce aux travaux de Camille Lacroix et de Médérick Rabouin et avec l’aide de Bernard Robreau, pour la première, des sources d’archives, de la documentation et des travaux communiqués par Patrick Givelet, pour la seconde. La « Vie de Charles Marie Brédif » est complétée (Annexe) par la généalogie familiale, l’histoire des collèges de Châteaudun et de Chartres, de l’École centrale d’Eure-et-Loir et de l’École des Mines, et par sa notice nécrologique dans les Annales de l’École des Mines.

Le texte
Le manuscrit du Journal et des Lettres de Charles-Marie Brédif à connu un itinéraire compliqué, que ses descendantes elles-mêmes ont eu du mal à reconstituer. 
Une note de la Revue de Paris qui publia en 1907 le « Journal » du « capitaine de corvette » Brédif signale que le petit carnet de poche intitulé par Brédif « Mon voyage au Sénégal » est aux mains de « l’arrière petit-neveu » qui la donné à publier. Cet arrière-petit-neveu demeure inconnu de la famille actuelle qui pense qu’il s’agit peut-être d’un descendant d’Alphonse (branche de Châtellerault). En 1931, un petit-neveu de Brédif, Louis Cattois, explique qu’il vient d’avoir connaissance de la publication par Lichtenberger d’une Lettre de trente pages de Charles-Marie à sa sœur Arétès, et de la parution du Journal dans la Revue de Paris. La famille Henry, descendante d’Arétès, a détenu l’original de cette lettre. Arétès elle-même en avait fait une copie, et une autre copie de la première lettre (en effet, deux lettres et non pas deux parties d’une même lettre : la première, que Charles dit rédiger les 16-18 juillet, la seconde datée du 19) avait été effectuée par son frère Horace. D’après Lichtenberger, alors directeur du Musée Social à Paris, un de ces manuscrits serait passé des mains familiales à celles d’un collectionneur, Ernest Vaughan, qui aurait légué le manuscrit, présenté sous forme de cahier, au Musée Social où sa présence lui aurait été signalée par le bibliothécaire-archiviste. En 1818, Alexandre Corréard dit avoir eu connaissance de la Lettre grâce à Landry, effectivement mentionné parmi les destinataires énumérés par Charles. L’enquête auprès de ce musée en 1992 n’a pas abouti, le « fonds Vaughan » n’y est pas connu, et la piste Lichtenberger n’a rien donné. Contrairement à la famille Henry (éteinte sans postérité vers 1980) qui détenait plusieurs autres lettres de Charles Marie, la famille actuelle, qui descend de son frère Philadelphe, ne possède de lui aucun manuscrit.

Le texte des deux Lettres de Charles Marie à sa sœur Aretes est celui d’une copie familiale de 1997, remise par Marie Brédif. Les destinataires choisis par Brédif les 16-18 juillet 1816 et la note accompagnant cette copie permettent de reconstituer le cheminement du texte :

« La présente copie a été réalisée par Damien Brédif de 1996 à 1997, et fait suite à un projet d’Etienne Brédif son père, destiné à ses enfants Damien et Bertrand, et datant de 1987. Elle est basée sur la copie terminée le lundi 20 novembre 1944 à Fontainebleau par son grand-père Michel Brédif, arrière petit-neveu du narrateur. Celle-ci fut effectuée sur une copie faite par Gaston Henry, professeur au lycée de Versailles, petit-fils d’Arétès Brédif, devenue épouse Landry, à qui la relation (qui précède) était destinée.
La copie de Gaston Henry avait été effectuée sur une copie plus ancienne prise par Horace Brédif, un des frères du narrateur. Une autre copie, faite sur l’original par Arétès Brédif, était en la possession de sa fille Laure Landry, épouse Henry, et se trouve aux mains de Jacques Henry, son petit-fils, fils de Gaston. La copie précitée d’Horace Brédif est passée aux mains de Miles Davigo, de Chartres, ses cousines ; il est à présumer qu’elle a été remise à Marcel Moulin, leur neveu et légataire universel. »

La publication du Journal (1816-1817) et des lettres du Sénégal (1816) de Brédif, textes tombés dans le domaine public et devenus rares puisque la Revue de Paris n’existe plus et que la collection des Œuvres libres est très incomplète, répond à la mission de la SAEL : « publication de manuscrits inédits » et « d’imprimés devenus rares ». Le Journal est réorganisé en quatre sections, les corrections sont signalées, les notes quotidiennes datées et le lieu de rédaction précisé. Les passages lacunaires et illisibles des lettres sont rétablis entre crochets d’après le texte de Lichtenberger et le Journal. La présentation (orthographe, toponymes) reprend celle des textes précédents.

Rassemblés ici pour une découverte croisée, les périples et les écrits de ces voyageurs qui, à peu d’années de distance, se succédèrent parfois sur les mêmes routes maritimes et dans les mêmes escales, laissent à penser.

Juliette Clément
Directrice des publications

Itinéraire suivi par Lapérouse, 1785-1788 (SAEL).

 

Côte africaine, banc d’Arguin, zone d’échouement de la Méduse. Dérive de la chaloupe de Brédif (P. Mollé).

 

Simon Lavo (au centre), 1787, d’après Duché de Vancy (SHAM, Ms SH 352).

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SAEL Navigateurs d’Eure-et-Loir dans les grandes expéditions des XVIIIe et XIXe siècles, de la Boussole et de l’Astrolabe à  la Méduse, de l’expédition de Lapérouse (1785) à  la mission au Sénégal (1816).

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