Le cinquantenaire de la SAEL

Cliché J. Clément.
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CINQUANTENAIRE DE LA SAEL
COMPTES RENDUS PRÉSENTÉS À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 5 JUILLET 1906

« – […] Le 16 mai 1856, dit M. le chanoine Sainsot dans son historique de la Société Archéologique1, M. de Caumont, directeur de la Société française pour la conservation des monuments, donnait une conférence dans la salle des réunions du Conseil municipal de Chartres. Le savant archéologue fit ressortir avec tant d’évidence et de conviction l’intérêt que présentent les antiquités locales, les avantages qu’on trouverait à les étudier, la nécessité de les conserver, que, séance tenante, il constitua une commission de seize membres, chargée de préparer un plan de Chartres gallo-romain. – »

« Telle fut l’origine de la Société Archéologique d’Eure-et-Loir2. On venait précisément de faire d’importantes découvertes gallo-romaines ; les travaux de la gare, les démolitions de la Grande Butte [des Epars, auj. boulevard Maurice Viollette] avaient livré de nombreux vestiges de cette époque, à la fois si intéressante et si peu connue : rien d’étonnant à ce que ce double attrait amenât celle-ci les premières recherches des nouveaux archéologues. Depuis, les difficultés de l’entreprise ont fait un peu perdre de vue le premier objet que s’était proposé la Société Archéologique d’Eure-et-Loir, le plan de Chartres gallo-romain, mais l’ardeur insufflée par M. de Caumont ne s’est cependant pas ralentie et a exploré tour à tour les coins les plus ignorés de notre histoire locale. Les travaux des cinquante années qui viennent de s’écouler, les récompenses qu’ils ont méritées, les travailleurs et les savants dont ils sont l’ouvrage, M. le chanoine Sainsot les a fièrement évoqués dans son historique de la Société.

Le lundi 14 mai 1906, un demi-siècle presque jour pour jour après la réunion première, dans la salle des Conférences du même Hôtel de Ville, la Société Archéologique d’Eure-et-Loir conviait ses membres et ses amis à commémorer le souvenir de ces années si bien remplies.

A dix heures du matin, après quelques instants consacrés à attendre en vain l’arrivée d’un représentant de la municipalité, M. Roger Durand, président, entouré du Bureau de la Société, assisté de M. le secrétaire général, remplaçant M. le Préfet d’Eure-et-Loir, déclare ouvert le Congrès du Cinquantenaire et prononce l’allocution suivante :

« – Messieurs,
Aussi bien que moi vous savez quelle pensée nous réunit aujourd’hui : nous avons voulu après cinquante années d’existence, faire ensemble une halte, et, selon les termes mêmes de la devise de notre Société : ‘Nous souvenir du passé et préparer l’avenir.’
Ce que furent nos devanciers ! L’œuvre qui est la leur et non la nôtre, le dit assez haut. Dans notre pays ils ont donné une réelle impulsion au goût public pour les choses de l’art et pour l’histoire régionale. Ils furent de puissants initiateurs. Le 16 mai 1856, ils étaient une vingtaine, réunis dans la salle du Conseil municipal : et, sous les auspices de la municipalité chartraine, héritière du zèle éclairé et de la libéralité d’antan, nous sommes en ce jour cinq cents adhérents.
Le feu sacré de l’archéologie leur avait été communiqué par Arcisse de Caumont, à qui revient le premier le principal mérite de l’avoir allumé par toute la France. La séance prit vite le tour familial d’une causerie dans laquelle chacun plaçait simplement son idée ou son mot, et nous souhaiterions assez de lui voir revêtir de plus en plus ce caractère. C’était peu de commencer, il fallait continuer : cette tâche fut vaillamment assumée par tous. Pour l’apprécier il suffit de rappeler : environ 100 volumes de publications entreprises ou patronnées, de nombreuses découvertes réalisées, les expositions, concours, séances publiques, excursions, conférences, une intervention discrète et opiniâtre (presque toujours efficace) en faveur de nos monuments ; telle est l’œuvre générale. Elle a été plus brillamment exécutée par quelques personnalités, qui lui ont donné et ont reçu d’elle quelque éclat : les de Boisvillette, les Lucien Merlet, les de Saint-Laumer, les Lecocq et tant d’autres.
Parmi ceux qui ont tracé devant nous un sillon dont la fécondité n’est pas épuisée, je suis heureux et fier de saluer, en votre nom à tous, notre vénéré Président honoraire, M. Famin, doyen des prix de Rome.
N’étant point de ceux qui peuvent penser que l’Univers a commencé avec eux, nous ne nous lassons pas de constater ce dont nous sommes redevables à nos prédécesseurs ; cependant nous ne voulons pas vivre dans une contemplation stérile du passé ; il nous faut, pour ne pas faillir aux obligations qu’il nous impose, organiser l’avenir. Les conditions de l’existence se modifient de jour en jour ; ce qui était possible, désirable ou facile hier ne le sera plus demain. Il est donc nécessaire d’être attentifs et, tout en continuant l’œuvre de nos devanciers, devenue la nôtre, de la perfectionner.
L’opinion se fait plus insensible ou plus superficielle, ses enthousiasmes quotidiens vont ailleurs ; pour agir sur elle il faudra rechercher d’autres moyens de pénétration. La science a des exigences proportionnées aux ressources nouvelles qu’elle nous présente.
Désormais il conviendra, aidés par les conseils des maîtres et les exemples des meilleures sociétés savantes, que nous travaillions, avec une méthode et une précision de plus en plus rigoureuses, à nous pénétrer de l’esprit critique plutôt que du goût de l’inédit et de l’exposé ingénieux et piquant de détails sans valeur : il faudra encourager les tâches austères et lentes des fouilles, des rééditions définitives, de la confection d’instruments de travail, de la publication d’anciens textes soigneusement établis, tout cela sans cesser de poursuivre la mise en valeur de nos collections archéologiques et bibliographiques.

C’est à cette tâche que je vous convie, messieurs, de vous associer, soit directement, soit par votre appui moral et matériel, avec une tenace bonne volonté. Puissent, au centenaire, nos petits-neveux, n’être pas plus à plaindre que nous ! – »

La première séance du Congrès prend fin, sur ces deux discours, ou plutôt elle va se continuer par la visite de l’Exposition rétrospective organisée par la Société Archéologique dans l’immeuble qu’elle vient d’acquérir. A la suite de M. Roger Durand, les membres de l’Assemblée quittent la salle des Conférences de l’Hôtel de Ville.

Hôtel de la Société archéologique d’Eure-et-Loir, 16 rue Saint-Pierre.
Cinquantenaire de la SAEL, t. I, 544 p., 14-27 mai et 2-3-4 juin, pl. gravures, Chartres, 1906.

Aux hôtes étrangers, on indique en passant l’entrée de l’ancienne demeure des Montescot, où ils viendront, le lendemain, visiter le Musée et la Bibliothèque. Ils jettent un coup d’œil sur la dernière des maisons de l’antique porche de l’Étape-au-Vin, que son équilibre instable signale à l’attention du passant, et sur l’inscription hébraïque de l’ancienne entrée des Cordeliers, récemment révélée aux Chartrains eux-mêmes par M. Denisart (n° 42 de la rue Saint-Michel).

Puis, dégringolant les degrés rapides du tertre Saint-François, qui conserve encore le nom du patriarche de l’ordre religieux autrefois voisin, on arrive à l’Hôtel de la Société, rue Saint-Pierre [hôtel acquis en 1903 et succédant au local situé au premier étage de la Porte-Guillaume].
Tour à tour, sous la direction de M. Roger Durand, les visiteurs parcourent le jardin, la bibliothèque, les salles du rez-de-chaussée et du premier étage, qu’occupent les collections confiées aux soins compétents de MM. l’abbé Langlois et d’Armancourt, et l’Exposition réunie par l’ardeur dévouée de M. Denos et de la Commission du Cinquantenaire.

Cette visite est, en quelque sorte, l’inauguration solennelle de l’Hôtel de la Société. Un cortège véritablement officiel de représentants autorisés des Compagnies savantes de la région traverse les pièces récemment et définitivement aménagées, la salle des séances mensuelles, claire et gaie, s’ouvrant largement sur le jardin verdoyant, la salle basse que sa vaste cheminée copiée d’autrefois et les belles tapisseries qui recouvrent momentanément ses murs font ressembler aux chambres majestueuses de Nogent et de Villebon.

Cette première mais sommaire visite est terminée lorsque l’heure du déjeuner appelle à la salle Sainte-Foy les adhérents du Congrès. Tous en prennent le chemin et mettent ce parcours à profit : c’est déjà une excursion à travers la ville, et il n’est guère de vieilles maisons à Chartres qui n’appellent de l’archéologue ou de l’historien quelque remarque ou quelque souvenir.

Au carrefour de la Croix de Beaulieu, dominant les rues Saint-Pierre et des Écuyers, ce pan de façade Renaissance, aux briques branlantes, au médaillon saillant, n’a cependant pas encore été identifié ; à côté, rue de la Porte-Cendreuse, ces murs épais, percés d’ouvertures en ogive, sont ce qui demeure du très ancien prieuré Saint-Vincent [dépendant de l’abbaye de Bonneval].

Autour de l’obélisque de la place Marceau, les souvenirs des grands hommes de la Révolution sont comme groupés : la maison natale du jeune général regarde celle où fut élevés Petion (n° 4 de la place Marceau) et cette autre où naquit Brissot (n° 6 de la rue du Cygne).

Un coup d’œil sur les pignons rajeunis de la maison de la Voûte, et, par la rue Sainte-Même, on arrive à la salle Sainte-Foy, et la Société se retrouve un peu chez elle puisque deux mois auparavant elle y acclamait la vieillesse et la fougue étonnante de son vénéré président honoraire.

A la fin du déjeuner, M. le Président se leva pour remercier, à l’approbation de tous, les membres des Sociétés voisines, venus apporter au Cinquantenaire l’estime de Jour présence, ainsi que pour rendre hommage au zèle des organisateurs du Congrès et de l’Exposition […]. »

[1] Mémoires de la Société archéologique, t. XII, pp. 294-302.
[2] La liste des fondateurs figure aux Procès-verbaux de la Société, L I, p. I.

L’ensemble Lycée-réservoir à la fin du XIXe siècle et les environs.
Dessin d’A.-E. Piébourg, brochure de l’inauguration du lycée (fonds SAEL).

Clichés : carte postale ancienne ; Médiathèque l’Apostrophe de Chartres, fonds BMC)

L’architecte Alfred Etienne Piébourg, qui fut président de la SAEL et qui succéda à son père Alfred Isidore Piébourg, restructura le quartier de l’ancienne Porte Saint-Michel lorsqu’il construisit le lycée en 1887.
Il perça une nouvelle rue (rue du Lycée, auj. Jehan Pocquet). Celle-ci, en formant une fourche avec la rue Saint-Michel et en traversant les terrains de l’ancien monastère des Cordeliers, isola la partie occupée par le nouveau lycée de celle où se trouvait le réservoir d’eau de la ville haute.
Adepte du « style historiciste » à la Viollet-le-Duc, Piébourg reconstruisit ce réservoir en forme de tour médiévale avec créneaux, poivrière et escalier extérieur en échauguette, et donna une nouvelle physionomie à cette entrée de la ville, en y mêlant habilement la brique et la pierre.
La SAEL est logée dans cette tour depuis 1961, après avoir hébergé dans son hôtel de la rue Saint-Pierre la Bibliothèque municipale, incendiée en 1944.

Juliette Clément
Directrice de Publication

 

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