Voyage en Asie Mineure (1850-51) Cahier SAEL n°6 / 2020

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Le Voyage en Asie Mineure de Mathilde Waddington.

Lettres du 7 juin 1850 au 12 mars 1851 transcrites par Aleïda Alexandre.

En mai 1850, peu après leur mariage, Mathilde et William Waddington ont quitté le domaine de Saint-Léger-du-Bourg-Denis, l’appartement parisien des Lutteroth et le château des Waddington à Saint-Rémy-sur-Avre pour Malte, Athènes et Smyrne (Izmir), où a débuté leur découverte de l’Asie Mineure. Très attachée à ses parents, Mathilde leur écrit régulièrement, tant pour les rassurer que pour relater les péripéties du voyage. Le 6 juin 1850, elle leur annonçait son départ pour l’Ionie.

Nous proposons à nos lecteurs de poursuivre en sa stimulante compagnie ce voyage vers des sites alors fraîchement découverts de l’Orient méditerranéen. Peu de descriptions archéologiques toutefois : « Je ne suis pas si bête que de l’entreprendre. Outre que cela serait fort ennuyeux, je n’ai pas le moindre talent pour les descriptions » écrivait-elle déjà en Grèce. Pour elle, le périple en Turquie ce sont les bivouacs au pilaf local ou au foie gras apporté de France, les journées de dix heures de cheval à travers montagnes escarpées, forêts et lits de torrents, les nuits sous la tente ou dans l’hôtel le plus chic de Constantinople, ou encore dans la résidence d’un consul, voire d’un ambassadeur impressionné par la lettre de recommandation d’un ministre anglais. 
Mathilde et William jouissent de la vie « autant qu’on peut en jouir ».

Pour l’itinéraire et les sites, leur guide est l’archéologue Sir Charles Fellows, collecteur de pièces antiques pour le British Museum, son Journal written during an excursion in Asia Minor by Sir Charles Fellows, 1838 (1839) et sa description des cités lyciennes (1840-1848).

Khan, vue intérieure. D’après Charles Fellows (1799-1860), A Journal Written During an Excursion in Asia Minor, 1838, J. Murray, London, 1840.

Et c’est dans le Hand Book Turkey in Asia and Constantinople (1845) de l’éditeur londonien Murray, qu’ils ont choisi leur hôtel de Constantinople et appris comment se procurer chevaux, domestiques, guides, interprètes pour les formalités de police. Puis c’est Rhodes, le retour à Smyrne, l’embarquement pour Le Pirée, Malte, Messine et Marseille, où attend la malle-poste pour Paris.

C’est lors de ce voyage que William commence une carrière de numismate et d’épigraphiste en s’épuisant à rechercher dans les villages les plus reculés des médailles et des marbres, qu’il achète et qu’il fait convoyer en France par des domestiques.

Quant à Mathilde, pétillante, spirituelle, charmante, capricieuse, amoureuse, ayant un avis sur tout et chez elle partout, elle s’admire d’être aussi belle, riche, brillante et mordante. Cette lectrice passionnée se plaît à railler Chateaubriand, à chercher la maison de Lamartine, à croquer une piquante galerie de portraits digne d’un moraliste classique, tout en s’émerveillant des clairs de lune et des couchers de soleil orientaux, romantiques à souhait.

Constantinople. Rue dans le quartier turc. Carte postale ancienne. 

Elle maîtrise parfaitement le registre du Voyage en Orient : un Orient construit par son regard et un miroir tendu à un public qui dépasse largement le cercle familial. Si elle veut des divans turcs chez elle, son réalisme l’immunise contre toute fusion. L’Orient lui permet d’éprouver sa jeunesse et sa force, pour mieux retrouver « la vie civilisée » : derniers mots de ses lettres.
Ce Cahier lui est consacré.

Il lui reste un an à vivre…

Quelques références bibliographiques
Les Waddington, une dynastie de cotonniers en Eure-et-Loir (1792-1961), G. Dufresne-Seurre, SAEL Chartres, 2011. Cahier SAEL 5-2019: J. Clément, «L’œuvre de Mathilde Waddington (1826-1852), Une talentueuse écriture de Soi» p.183 ; « Charles Fellows », « Paquebots-poste des Messageries de la Méditerranée » p. 197. À. Alexandre, « Quelques lettres de Mathilde Waddington en 1850, Saint-Léger-du-Bourg-Denis (mars-juin 1850) » p. 185 ; « Généalogie succincte. » p. 266. Extraits du Journal de Mathilde et de son roman p. 267.
Articles : «Notice sur la vie et les travaux de William-Henri Waddington » Georges Perrot, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres, 1909. « Lettres de William Henry Waddington sur son voyage archéologique en Syrie en 1861 et 1862 », Journal des Savants, 1914, p. 269-277. E. Babelon, « Inventaire sommaire de la collection Waddington », 1898, Revue des Études Anciennes, 1899 1-2, p. 175-176…

J. Clément, Directrice de Publication
Société Archéologique d’Eure-et-Loir

 

 

 

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