Une fratrie victime de la Terreur, les STABENRATH

le général Stabenrath à la bataille de Znaïm. Kunsthistorisches Museum. 1845. Wikimedia.

Deux lettres fournies par les descendants de la famille de Stabenrath,
présentées dans l’article des Cahiers de la SAEL 2024,
intitulé Une fratrie victime de la Terreur dans le Thymerais, les STABENRATH
par Catherine Turpin

René-Maximilien Léopold de Stabenrath (1759-1794)

Une partie de la noblesse, nourrie de l’esprit des Lumières et convaincue de la nécessité de réformes, accueille favorablement la Révolution tandis qu’une autre, attachée à ses privilèges, s’apprête à émigrer. Dans l’Eure-et-Loir, deux frères, avocats au Parlement, prennent leur nouveau rôle à cœur : René-Maximilien Léopold de Stabenrath, d’abord élu maire de la Ferté-Vidame, devient administrateur du département puis député de la noblesse. Son cadet Marie-Auguste est désigné secrétaire du district de Châteauneuf-en-Thymerais. Quand la Révolution se radicalise en la personne de Robespierre, ils sont tous deux transférés à Paris et incarcérés dans l’attente d’un simulacre de procès fondé sur de faux griefs (arrachage d’un arbre de la liberté́, incendie provoqué chez un boulanger, propos taxés de contre-révolutionnaires, conspiration, intelligence avec l’ennemi). Chacun, dans un état d’esprit différent, écrit à sa femme.

René-Maximilien qui croit encore en la justice demande un service à Adelaïde.

Mémoires des Sanson

« Conciergerie, le 15 prairial, l’an 2 de la République unie et indivisible,

Je t‘adresse un précis de ma conduite depuis l’époque de la Révolution. J’ai été interrogé. Une seule demande m’a été faite : « Avez-­vous conspiré contre l’unité́ et l’indivisibilité́ de la République ? » J’ai négativement répondu. L’aversion que j’ai toujours manifestée pour le fédéralisme me fait regarder cet interrogatoire comme si étrange que je ne puis deviner en quelle manière il peut m’être applicable. J’ai beau me scruter, je ne puis prévoir quels peuvent être mes chefs d’accusation. J’ai constamment aimé à servir la Révolution, mon intérêt m’y attache ; tous mes parents y sont dévoués et servent la république, l’un dans l’armée, l’autre dans l’administration. Je n’ai jamais eu ni ambition, ni intrigue, je n’ai eu ni liaison, ni correspondance. Comment suis­-je traduit au tribunal révolutionnaire ? Je l’ignore et m’y perds. Si je suis obligé d’aller en jugement, je ne crois pas que tu n’aies jamais eu une meilleure cause à défendre. As­-tu le tableau de ma conduite tracé comme il doit l’avoir été par le comité́ de surveillance de ma commune, si tu ne l’avais pas, il est au comité́ de sûreté́ générale.

Salut et fraternité́
Léopold »

Marie-Auguste qui ne croit plus en une fin heureuse fait part de ses dernières volontés à Madeleine-Rosalie :

« Me voilà, ma bonne amie, transféré à la maison d’arrêt de l’Égalité, ci­ devant collège du Plessis ; je suis mieux qu’à la Conciergerie, mais ma position est toujours la même, et pour comble de maux, je n’ai aucune nouvelle de ta santé, ni de celle de notre pauvre petit Gustave. Je t’ai déjà̀ dit que ta présence à Paris serait inutile, aussi continue d’allaiter ton fils, et si tes forces te le permettent, ne le sèvre que lorsqu’il aura au moins un an. Mes compagnons d’infortune se portent bien, adieu ma tendre amie, fais­-moi une réponse courte, il me suffira de savoir si mes concitoyens ont encore la bonté́ de s’intéresser à moi, si ta santé et celle du petit est bonne, et si tu penses quelques fois à ton malheureux époux.

Léopold Stabenrath »

Tous deux sont condamnés à mort le 21 prairial (9 juin 1794) et exécutés ce même jour sur la place Saint Antoine, en face de l’ancienne Bastille. René avait 35 ans et Auguste 30 ans. Chacun laisse une veuve et un fils en bas âge. Jean-Marie-Éléonore, leur benjamin, est aux armées déjà depuis deux ans et demi quand il apprend le destin tragique de ses frères. 

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